Un petit mot sur "Camille redouble"



Camille redouble, c'est l'histoire d'une quadra au fond du trou - actrice nanar, alcoolique et divorcée - miraculeusement propulsée un soir de réveillon au temps de son adolescence. La voilà donc de nouveau à vivre l'année de sa terminale, auprès de ses amies, de ses parents et de son futur ex-mari.

Réalisé par Noémie Lvovsky qui interprète elle-même le rôle titre, ce film est une réussite. Drôle, touchant, profond, Noémie Lvovsky nous livre ici une comédie dramatique très émouvante. Tirant d'ailleurs plus souvent sur le drame que sur la comédie, Camille redouble est un véritable hymne à l'amour, qui met en scène des personnages d'une grande tendresse. "Promettez-moi de ne jamais mourir", c'est la déclaration d'amour de Camille à ses parents, le jour de ses seize ans bis. Les parents de Camille, incarnés par Michel Vuillermoz et Yolande Moreau, qu'on sent très aimants, malgré leur difficulté à l'exprimer, sont du reste terriblement attachants.

Si le thème du retour dans le passé est assez classique, on ne se lasse pas pour autant du décor et de l'ambiance eighties, avec ses pulls à cols roulés, ses couleurs flashies et sa musique synthpop...
On note d'ailleurs une bande-son très sympa, à commencer par le morceau du générique de début signé Gaëtan Roussel, "Même tes chaussures vont plus vite que toi"

Coco Chanel (mini-série)






Mini-série en deux épisodes découverte sur Arte en ce lundi de Pâques, le biopic Coco Chanel de Christian Duguay est une réussite. 
La talentueuse modiste française est ici interprétée avec brio tantôt par Barbora Bobulova (Chanel jeune), tantôt par Shirley MacLaine (Chanel âgée) - laquelle fut d'ailleurs nominée à trois reprises pour ce rôle en 2008 (Screen Actors Guild Awards, Golden Globes, Emmy Awards). 

Shirley MacLaine - Coco Chanel

L'histoire s'ouvre sur la présentation d'une collection de Chanel au crépuscule de sa vie qui s'avère être un terrible fiasco. Après dix ans d'absence, la célèbre styliste a en effet du mal à retrouver son public. Mais loin d'être abattue par cet échec, Chanel se lance dans la composition de nouveaux modèles. La préparation de cette seconde collection est donc le fil conducteur des deux volets, même si de nombreux flashback - comme autant de souvenirs de jeunesse - sont régulièrement introduits dans la série, jusqu'à même parfois prendre le pas sur son temps présent.
Parmi ces souvenirs, l'entrée de Gabrielle Chanel à l'orphelinat suite au décès de sa mère, où elle passera toute son adolescence. Mais aussi; son premier emploi de couturière, ses premières amours, ses drames, ses premiers succès, son amitié avec sa tante Adrienne... 
Christian Duguay dépeint également cette grande dame à travers quelques anecdotes des plus touchantes : Coco aurait ainsi créé la petite robe noire suite au décès de Boy Capel, le grand amour de sa vie. La célèbre robe ne serait alors à l'origine rien d'autre qu'une tenue de deuil...
Au-delà des personnages et de la construction narrative, les décors et les costumes sont également très aboutis. Cette mini-série est un petit bijou, tout simplement. A voir absolument !

Un petit mot sur "Mademoiselle Chambon"





Mademoiselle Chambon, réalisé par Stéphane Brizé en 2009 (dont la filmographie   n'est d'ailleurs pas négligeable, avec pas moins de huit films en neuf ans), est, malgré son sujet ô combien banal (la rencontre amoureuse), un film singulier.Adapté du roman éponyme de Eric Holder, paru en 1996, Mademoiselle Chambon nous transporte dans un univers nonchalant, où l'action se fait presque aussi rare que les dialogues. Et pourtant, malgré ce rythme excessivement lent, on est loin de s'ennuyer.
Happée dans ce monde particulier, j'ai véritablement apprécié la délicatesse et la sincérité des personnages, portés par des acteurs de talent. Jean (Vincent Lindon) et Véronique Chambon (Sandrine Kiberlain) regorgent de sensibilité. Bref, on a l'impression qu'ils sont là, sous nous yeux, bien vivants. Elle, fine et fragile, comme le son de son violon, et lui, un peu bourru, pas très causant.
Mademoiselle Chambon raconte donc l'histoire de deux êtres qui se trouvent, tout simplement. Mais il ne s'agit ici que d'une rencontre, une histoire d'amour avortée... autant vous dire que Mademoiselle Chambon est bien loin d'être une comédie romantique...

20 ans d'écart : "25 siècles d'histoire des mœurs"






Après la réalisation de deux films d'horreur assez moyens - The Eye et Ils -, David Moreau nous offre, avec 20 ans d'écart, une comédie romantique plutôt réussie. 

Alice (Virgine Efira), bientôt quadra, ne vit que pour son travail. Sérieuse et grande bûcheuse, elle est donc a priori la candidate idéale pour le poste de rédactrice en chef du magazine "Rebelle" sur le point de se libérer. Mais cette image trop soignée n'est pas du goût de son supérieur, qui n'entend pas laisser sa place à la jeune femme si facilement. Car pour conduire une revue de mode, il faut au moins - AU MOINS - un brin d'excentrisme. Alice est trop "parfaite".  Et la concurrence, pour elle, est rude : la favorite est une collègue québécoise complètement déjantée, qui n'a que "cul" et "bat" à la bouche.
Afin de mettre un peu de piment dans ce profil trop lisse, Alice décide donc de feindre un flirt avec un jeune étudiant en école d'architecture, Balthazar (Pierre Niney), rencontré au retour de son voyage d'affaire au Brésil.  

Vivre une idylle avec un petit jeune de vingt ans son cadet, quand on est une femme et qu'on frôle la quarantaine, ce serait donc une action "rebelle", un peu folle? 
Effectivement, et le film nous le montre bien avec cette scène de sortie d'école, où Alice rejoint son ex-mari Julien, le père de sa fille Zoé, qui vient de frapper sa camarade de classe, parce que celle-ci lui faisait remarquer (en se moquant sans doute) que sa mère sortait avec un jeunot.
«Tu peux pas en vouloir à ta fille d'être impuissante face à 25 siècles d'histoire des mœurs.» lui dit Julien. Et ça, c'est seulement après avoir répondu à Alice, qui lui faisait remarquer que lui aussi, il vivait bien une histoire avec une minette de vingt-huit ans : "Je vois pas le rapport. Et puis, je veux dire, j'suis un mec quoi !"
Au-delà des codes du genre, le réalisateur pose donc la question de la différence d'âge au sein du couple: pas de problème pour la configuration minette - homme mûr bien sûr.
On le voit aussi avec le père de Balthazar (Charles Berling) qui, alors qu'il est en train d'emménager avec une ancienne camarade de son fils, et ce, sans que cela fasse l'objet d'une quelconque réflexion, se permet de surnommer la copine de son fils (Alice, donc)  "la périmée". Je sais que David Moreau ne souhaitait pas que son film se métamorphose en une grande oeuvre féministe, mais, sans aller jusque là, 20 ans d'écart aurait largement gagné en profondeur si le sujet avait été légèrement plus développé. 
Enfin, la peinture rapide des grandes rédactions de magazines de mode qui n'est pas sans rappeler Le Diable s'habille en Prada (David Frankel), verse peut-être un peu trop dans la caricature ou le cliché : toutes les revues de mode n'ont pas des patronnes ultra-autoritaires et condescendantes, tous les rédacteurs de mode ne sont pas gays, etc, etc.

En bref, 20 ans d'écart reste une comédie tout à fait appréciable, avec une histoire qui tient la route et de bons dialogues tenus par de bons acteurs.